Acupuncture : faisons le point !

24 octobre 2014 par Delphine Rousset

Depuis de nombreuses années nous observons dans notre métier un retour à la physiologie, au bien-être et une augmentation de la popularité des médecines douces. Nous cherchons de plus en plus des moyens doux et efficaces pour soulager, aider et accompagner nos patientes.

L’acupuncture, pourtant ancienne, s’inscrit dans ce renouveau. Qu’est ce que l’acupuncture ? L’acupuncture est une médecine empirique et fait partie intégrante de la médecine traditionnelle chinoise. Ces principes fondamentaux sont liés au fait que le corps humain est parcouru d’énergie (Qi) et vu dans son ensemble. Son but est d’obtenir un effet thérapeutique en stimulant des points précis du corps grâce à des aiguilles fines et stériles. Dans certains cas ils peuvent être chauffés par l’utilisation de moxa (bâtonnet d’armoise). Ces points se trouvent sur des trajets appelés méridiens. Ils forment un réseau de communications. Généralement, ils débutent ou se terminent à un orteil/doigt.
L’acupuncture aide l’organisme à se rétablir de façon naturelle et à fonctionner de façon harmonieuse. Elle est complémentaire aux soins de santé occidentaux.
Acupuncture et gynéco-obstétrique

 

Les indications
L’acupuncture peut s’utiliser dès le désir d’enfant afin de préparer et aider le corps à la future grossesse. Elle peut également s’utiliser en cas de métrorragies, d’irrégularités du cycle menstruel et de syndrome prémenstruel. De nombreuses études ont montré l’intérêt de l’acupuncture dans le cadre de traitements PMA en augmentant la chance de réussite1
Durant le premier trimestre de la grossesse, cette médecine alternative peut aider nos patientes en cas de :
– Nausées, vomissements. En France, l’Haute autorité de Santé préconise l’usage de l’acupuncture et d’un traitement au gingembre avant même une médication.
– D’anxiété/ d’Angoisse

Lors du deuxième et troisième trimestre, l’acupuncture soulage les maux suivants :
– Les Douleurs lombaires, pubiennes, sciatiques
– Le Syndrome de Lacomme
– Le Pyrosis
– La Constipation
– Les problèmes circulatoires tels qu’hémorroïdes, varices
– Les MAP
– Les Crampes musculaires
– Les OEdèmes
– Une Présentation foetale incorrecte
– Les Troubles du sommeil, l’asthénie
Elle permet également la maturation du col et peut aider dans le déclenchement de manière douce mais néanmoins efficace. Durant le travail de la parturiente, les indications sont les suivantes :
– L’Assouplissement périnéal
– Les dystocies de démarrage
– La baisse de la cinétique utérine
– L’aide à la délivrance
– Les hémorragies
– La peur de l’accouchement
– La douleur
Dans notre pratique actuelle, cette médecine douce ne trouve pas ou peu sa place en post partum. Pourtant son utilité est réelle en cas de :
– Douleurs liées aux tranchées
– Rétention urinaire
– Constipation et d’hémorroïdes
– Baby blues et dépression du post-partum
– L’hypogalactie
– L’Engorgement mammaire
– Lymphangite
– Douleurs liées aux crevasses
– Sevrage/arrêt de la lactation

L’acupuncture est sans nul doute un outil efficace dans la prise en charge de la femme enceinte. Toutefois, le praticien doit rester réaliste dans les cas d’urgence et faire appel à son bon sens en utilisant les outils occidentaux et modernes mis à sa disposition
Existe-t-il des contre- indications ? L’acupuncture obstétricale peut être utilisé dans de nombreux cas, il y a cependant certaines situations ou il est préférable de ne pas faire de séance :
– Affection de la peau
– Problème de coagulation
– Peur des aiguilles
Les connaissances des sages-femmes :
Une étude2 sur 122 sages-femmes montre que 25% des sages-femmes pensent que l’acupuncture peut être utilisée en pré-conceptionnel et 52% dès le début de la grossesse. Environs 20% des personnes interrogées ne savent pas quand la femme peut commencer l’acupuncture. Ensuite, les 2/3 des sages-femmes savent que l’acupuncture peut s’utiliser dans le post-partum, les autres arrêtent l’acupuncture à l’accouchement.
2 Etude réalisée par Delphine Rousset dans le cadre du DIU d’acupuncture obstétricale de la faculté Paris 13
Les sages-femmes belges ont en général de bonnes connaissances sur l’utilisation de l’acupuncture. Elles connaissent de nombreuses pathologies pouvant être soignées ou améliorées par celle-ci. Néanmoins nous pouvons remarquer qu’elles connaissent l’utilisation en post-partum mais ne citent que peu les pathologies pouvant être traitées à ce moment là.
Un manque d’informations ? A la fin de cette enquête nous avons pu voir que de nombreuses sages-femmes pensent qu’il existe un manque d’informations sur cette médecine alternative. Seulement 6,6% pensent qu’elles ne manquent pas d’informations .De plus, elles considèrent qu’il y a un manque d’information de l’acupuncture chez les patientes (96,7%) Le tarif et le remboursement Les tarifs dépendent d’un acupuncteur à un autre. La première consultation est souvent plus onéreuse et est facturée entre 35 et 50 euros. Les suivantes sont facturées environs 35 euros. L’INAMI ne la rembourse pas.
Cependant l’acupuncture comme préparation à la naissance effectuée par une sage-femme peut alors être tarifiée selon le code de l’INAMI avec un remboursement de 17,25EUR. La sage-femme fixe elle-même le montant totale de la consultation.
Si elle est effectuée par un médecin, une consultation peut être facturée et remboursée.
Pour les médecines alternatives telles que l’ostéopathie, l’homéopathie, l’acupuncture, la chiropraxie, les mutuelles remboursent 10 euros par séance pour 4 à 6 séances par année civile pour les acupuncteurs reconnus par une union professionnelle.
La formation:
En Belgique, l’acupuncture n’est pas enseignée au niveau universitaire. Pour acquérir ces connaissances, les élèves doivent choisir une école privée qui organise cette formation.
Il existe plusieurs écoles :
– L’Europe-Shanghai College Acupuncture Energétique Chinoise propose une formation de 3 ou 5 ans.
– L’ABMA (Association Belge des Médecins Acupuncteurs) forme uniquement les médecins dans un cursus de 3 ans.
– L’ETTC (Enseignement des thérapies traditionnelles chinoises) ouvre une formation aux médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, sages-femmes. La formation peut s’effectuer en 1 année à temps plein ou s’étaler sur 3 ans.
En France , le DIU ( diplôme inter-universitaire) d’acupuncture obstétricale permet une formation en 2 ans mais n’a pour l’instant aucune équivalence avec une école Belge.
Les différents diplômes
Chaque école élabore son programme et les diplômes qui en résultent n’ont rien d’officiels.
Et les sages-femmes ?
Il n’existe aucune formation spécifique pour les sages-femmes. Les pathologies liées à la grossesse sont traitées dans les programmes des différentes écoles (environs 16h de cours).
La Loi Colla reconnait l’acupuncture comme médecine alternative mais la pratique se fait sans cadre juridique (2/3 des acupuncteurs ne sont pas médecins).
Les sages-femmes acupunctrices sont peu nombreuses : 6 sont répertoriées à l’Union Professionnelle des sages-femmes Belges.
Malgré l’essor des médecines non conventionnelles, l’acupuncture reste peu connue et reconnue dans le cadre de la grossesse. Elle est néanmoins un outil supplémentaire dans la prise en charge des femmes enceintes mais se heurte au manque de cadre établit par l’Etat. En France, le statut universitaire du diplôme permet aux sages-femmes de pouvoir pratiquer cette médecine alternative en milieu hospitalier…

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